La pharmacocinétique est létude de la distribution dans le temps dun médicament et de ses métabolites dans les différents compartiments du corps (sang, liquide interstitiel, cellule), ainsi que son absorption, sa distribution, son métabolisme et son excrétion.
Données générales
Absorption
Labsorption est réputée complète si le médicament est administré par voie intraveineuse, ce qui est le cas pour la majorité des anticancéreux.
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| Schéma du métabolisme dun médicament (cf. texte) |
Par voie orale, il existe dénormes variations dun sujet à lautre, et même dune cure à lautre. Les causes en sont variées :
- prise régulière ou non par le malade,
- dissolution irrégulière du comprimé ou de la gélule,
- passage variable à travers la muqueuse gastro-intestinale vers la veine porte,
- métabolisme plus ou moins important au niveau hépatique.
La voie orale reste cependant une excellente voie dadministration.
Distribution
La distribution des médicaments anticancéreux et des ses métabolites dépend de la circulation sanguine locale, de la diffusion à partir des vaisseaux (oedèmes locaux, perméabilité variable), des liaisons aux protéines variables dun médicament à lautre, de la solubilité lipidique, de la corpulence du malade, des épanchements pleuraux ou ascitiques, constituant un troisième compartiment.
Certains médicaments ne sont actifs quaprès métabolisation au niveau du foie ou au niveau de la cellule cible.
Excrétion
La plupart des médicaments anticancéreux sont excrétés par le rein. Certains sont toxiques pour le tubule rénal, et des précautions doivent être prises (Méthotrexate, Cisplatine) pour éviter des lésions irréversibles. A linverse, des lésions préexistantes doivent faire moduler la posologie pour éviter une toxicité générale accrue.
Quelques médicaments sont excrétés par la bile (Adriamycine, notamment). Doù une mauvaise tolérance en cas de rétention biliaire ou de trouble métabolique hépatique.
Interactions médicamenteuses
Dans la plupart des chimiothérapies, on associe plusieurs médicaments anticancéreux et des médicaments de supports (antivomitifs, sédatifs, antalgiques, etc.). Les interactions médicamenteuses nont pas été étudiées de façon systématique. On connaît, par exemple, lélimination rénale diminuée du Méthotrexate par laspirine. Les dosages sériques systématiques ouvrent la voie à des recherches doptimisation des traitements.
Analyse pharmacocinétique
Définitions générales
Grâce à la mesure du taux de médicament dans les différents compartiments de lorganisme (essentiellement le sérum), il est possible détudier la distribution de ce médicament, et de définir des modèles mathématiques pour essayer dajuster au plus juste la prescription, et éviter ainsi un surdosage et une toxicité accrue.
Quelques termes reviennent régulièrement pour lesquels une définition paraît utile.
Symbole |
Définition |
AUC |
Aire sous la courbe traçant la concentration par rapport au temps. |
C(t) |
Concentration du médicament au temps t |
t½ |
Demi-vie : temps nécessaire pour observer une diminution de 50% du taux plasmatique. |
t½a |
Demi-vie de la période initiale dans une modèle à plusieurs compartiments |
t½b |
Demie vie de la période secondaire dans un modèle à deux (ou plus) compartiments |
t½g |
Demi-vie de la troisième période dans un modèle à trois (ou plus) compartiments |
Vd |
Volume apparent de distribution |
Cl |
Clairance du médicament (cumul de plusieurs clairances). |
Létude de la concentration dun médicament dans le plasma peut être linéaire ou non.
Une relation linéaire (en concentration semi - logarithmique) traduit le fait que la demi-vie est constante et lélimination ou la clairance est indépendante de la concentration. Ceci signifie quil ny a pas de mécanismes délimination saturables.
Une relation non linéaire (en général deux ou trois termes existent) traduit des mécanismes de métabolisation saturables (transport actif trans membranaire, activation métabolique, liaisons aux protéines du plasma) ou de compartiments. La demi-vie est variable, avec plusieurs valeurs tests appelées t½a , t½b ou t½g , suivant lendroit sur la courbe.
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Exemple de courbe
de pharmacocinétique après injection IV de mitomycine (les écarts standards permettent de comprendre la variabilité individuelle). La mitomycine possède une demi-vie initiale de 5 minutes, correspondant à sa répartition plasmatique, puis de 55 minutes correspondant à son absorption par les protéines plasmatiques. |
Modèles de compartiments
Le corps peut être représenté par des compartiments plus ou moins homogènes et en relation les uns avec les autres. Ces compartiments essaient dexpliquer lallure des courbes de concentration du médicament, mais ne correspondent pas vraiment à une réalité anatomique ou physiologique.Dans le modèle à un compartiment, le corps constitue un volume homogène pour la distribution du médicament. Le volume de distribution Vd représente le volume hypothétique nécessaire à la dilution du médicament pour obtenir la concentration plasmatique mesurée. Un volume plus grand que le corps lui-même est possible et représente une liaison protéique intense.
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Schéma à un seul
compartiment Il ny a pas de liaison protéique, mais une simple excrétion proportionnelle à la concentration plasmatique. |
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Schéma à deux
compartiments : Il existe un second compartiment : soit liaison protéique, soit métabolisme particulier du médicament. On peut également imaginer un schéma à trois compartiments. |
Dans un modèle à deux compartiments (sérum et cellule), on assume que le taux délimination et de transfert entre ces compartiments est constant. Certains modèles nécessitent un troisième compartiment. La première demi-vie t½a correspond à l'absorption cellulaire immédiate et à lélimination rapide. La seconde demi-vie ou t½b correspond au métabolisme cellulaire ou à la liaison avec les protéines sériques. La troisième demi-vie t½g correspond au relargage à partir des protéines ou des cellules.
Conséquences thérapeutiques
Le modèle pharmacocinétique influence sur la méthode dadministration des médicaments.
Une demi-vie courte nécessite, si on veut maintenir une concentration importante, de multiplier les injections ou mieux dadministrer le médicament sous forme de perfusion continue (éventuellement avec une pompe en ambulatoire).
A linverse, si la demi-vie est longue (ou allongée par un phénomène toxique), il conviendra despacer les injections.
Les toxicités induites sur les organes majeurs de lélimination des médicaments (rein, foie) peuvent modifier ces demi-vies : allongement de lexcrétion de lAdriamycine par insuffisance hépatique, réduction de la dose de Carboplatine en cas dinsuffisance rénale.
Variabilité individuelle
De grandes variations individuelles existent, mal expliquées, même en dehors des causes citées plus haut (absorption irrégulière, distribution variable suivant la composante lipidique, élimination réduite par toxicité ou pathologie hépatique ou rénale préexistante, liaison protéique variable spontanément ou en raison de lassociation à dautres médicaments).
Le Méthotrexate a une élimination irrégulière et retardée en cas dascite ou de pleurésie. La seconde demi-vie de lAdriamycine, du Cyclophosphamide ou de lIfosfamide est prolongée chez les malades obèses. Lhypoalbuminémie, souvent observée en cas datteinte sévère de létat général, diminue la fixation protéique des médicaments, et augmente la fraction libre, seule fraction efficace et toxique.
Pour un même patient, il peut exister une variabilité dans le temps : la myélosuppression cumulative au fur et à mesure de la prolongation de la chimiothérapie peut être due à des modifications mineures des fonctions hépatiques ou rénales.
On a décrit, enfin, des rythmes circadiens : certains médicaments seraient plus métabolisés le jour que la nuit. Des études étudiant l'heure dadministration des médicaments, pour être à la fois pour être plus actifs et moins toxiques, n'ont pas montré de résultats très probants.
Chimiothérapies régionales
Il sagit dessayer daugmenter la concentration locale du ou des médicament(s) tout en diminuant les effets toxiques sur lensemble de lorganisme.
Les injections intra-thécales en sont un exemple important. La plupart des médicaments anticancéreux natteignent pas le liquide céphalo-rachidien. Linjection par ponction lombaire permet datteindre les cellules normalement inaccessibles au niveau cérébral ou méningé, notamment au cours des leucémies et des lymphomes.
Les injections intravésicales dans les cancers superficiels de vessie n'entraînent pas de passage dans la circulation générale de la chimiothérapie.
Un autre exemple est lutilisation de la voie intra-péritonéale ou intra-portale dans les cancers digestifs (ou ovariens). Le drainage veineux vers la veine porte permet une métabolisation rapide par le foie, et un rapport entre la concentration intrapéritonéale et la concentration intraveineuse très important, notamment pour le 5-FU, totalement métabolisé après premier passage dans le foie.
Enfin, des essais de chimiothérapie intra-artérielle ont été menés pour augmenter la concentration locale, mais les résultats sont encore incertains.