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LA  RESISTANCE

AUX

MEDICAMENTS

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Le nombre important de médicaments anticancéreux et l’importance des réponses obtenues devraient permettre de guérir tous les cancers. Or, il n’en est rien. En fait, très rapidement va s’installer une résistance aux médicaments.

Cliniquement, on peut distinguer trois types de tumeurs :

Mécanismes généraux de résistance

De nombreux mécanismes concourent à cette résistance, certains généraux d’autres spécifiques d’un type de médicaments.

Expérimentalement, il est possible de rendre résistantes des lignées cellulaires en les incubant avec des doses liminaires d’un produit ; les cellules deviennent résistantes aux autres médicaments apparentés, en raison de la communauté de métabolisme ou de cible intracellulaire. Mais, elles restent sensibles à des médicaments d’autres classes thérapeutiques.

Cette résistance acquise traduit la plasticité extraordinaire de la cellule normale ou cancéreuse pour résister aux agressions externes. La cellule cancéreuse réagit par des mutations très nombreuses, aboutissant à des cellules résistantes.

Diminution de l’accumulation intracellulaire des médicaments

Il s’agit d’un mécanisme très fréquent de résistance, en rapport avec des défauts de système de transport. Ce mécanisme peut jouer dans le sens plasma - compartiment intracellulaire (exemple, pour le méthotrexate ou pour les moutardes azotées). Un excès d’efflux peut provoquer aussi une diminution du taux intracellulaire.

Modification du métabolisme des médicaments

De nombreux antimétabolites ne sont actifs que s’ils sont transformés en analogues des bases nucléiques. L’altération de la conversion par des kinases ou des phosphoribosyl transférases ou une inactivation des analogues par des déaminases diminuent l’efficacité des analogues de la guanine ou de la cytosine.

Activation des mécanismes de réparation

Les cellules comportent de multiples mécanismes de réparation du DNA, détaillés notamment à propos des gènes suppresseurs. Ainsi, la résistance au cisplatine semble en rapport avec une réparation accrue des lésions.

Modification de la cible des médicaments anticancéreux

Certains antimitotiques agissent sur les enzymes intracellulaires de la mitose. Des modifications qualitatives ou quantitatives de ces enzymes changent l’efficacité thérapeutique : ainsi la dihydrofolate réductase, la thymidylate synthétase ou la topoisomérase II se modifient en réponse à l’agression thérapeutique.

Modification de l’expression des gènes

Une mutation peut s’opérer sous l’effet de l’agression chimiothérapique quelle que soit l’étape de transcription intéressée : mutation, délétion, amplification, altération de la transcription, altération du mRNA, altération des protéines (instabilité génétique des cellules cancéreuses sous l’effet de la pression de sélection).

Les résistances multi-drogues

On peut distinguer schématiquement trois types de résistance commune aux anticancéreux (ou MDR pour Multiple Drug Resistance)

MDR dépendante de la glycoproteïne P

Il s’agit d’un mécanisme général de résistance en rapport avec une diminution de l’accumulation intracellulaire des anticancéreux par augmentation de l’efflux vers l’extérieur. Cet efflux accru dépend d’une glycoprotéine P, synthétisée par un gène mdr, acquis ou présent spontanément dans certains tissus. La glycoprotéine P est retrouvée dans des tissus normaux impliqués dans les mécanismes de transport excréteur : tubule rénal, cellules coliques ou intestinales, canalicules biliaires, ainsi qu'au niveau de la barrière vasculo-cérébrale, et des testicules (zones sanctuaires habituelles en chimiothérapie).

La glycoprotéine P est une protéine transmembranaire, comportant 6 domaines transmembranaires, deux sites de fixation d’ATP (mécanisme énergétique d’efflux) intracellulaire, et un site de glycosylation extracellulaire. Le médicament est lié directement à la glycoprotéine P.

Classe médicamenteuse

Médicaments

Anthracyclines

Doxorubicine
Daunorubicine,
Mitoxantrone

Antibiotiques

Dactinomycine

Agents sur les microtubules

Vincristine,
Vinblastine
Vinorelbine,
Taxol

Epipodophyllotoxines

Etoposide,
Ténoposide

On détecte la présence du gène mdr et/ou de la glycoprotéine P (ou du mRNA) dans des cellules cancéreuses, issues de malades déjà traités par une drogue mdr dépendante, ou ayant une tumeur intrinsèquement résistante (colon, rein, pancréas, surrénale).

D’autres molécules transmembranaires non encore bien individualisées semblent exister.

MDR en rapport avec les inhibiteurs des topoisomérases

Il s’agit d’un mécanisme différent de résistance multidrogue, même si certains médicaments peuvent être intéressés par la résistance dépendante de la glycoprotéine P.

Classe médicamenteuse

Médicaments

Agents non intercalants

Etoposide,
Ténoposide,
CPT 11 ?, Topotécan ?

Agents intercalants

Dactinomycine
Doxorubicine,
Mitoxantrone
Amsacrine,
Ellipticine

Cette résistance n’est pas associée avec un trouble du transport du médicament, mais plutôt à une diminution ou à une modification structurale de la topoisomérase II, qui altèrent la fixation du médicament à l’enzyme. En outre, la topoisomérase II est très réduite dans les cellules au repos, expliquant la faible sensibilité de certaines tumeurs peu évolutives à ces médicaments.

MDR associée aux enzymes de détoxification

De nombreux enzymes existent permettant de détoxifier des produits étrangers ou xénobiotiques, dont l’organisme doit se débarrasser. Parmi les mécanismes impliqués, deux phases paraissent importantes (cf. le chapitre sur la cancérogenèse chimique) : les oxydations en rapport avec le cytochrome P450), et une inactivation et solubilisation par des enzymes intracytoplasmiques en rapport avec le glutathion.

La concentration de glutathion est particulièrement élevée dans les cellules résistantes aux alkylants, à la doxorubicine, au cisplatine, mais le rôle précis de ces oxydations n’est pas encore complètement défini.

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