Le nombre important de médicaments anticancéreux et limportance des réponses obtenues devraient permettre de guérir tous les cancers. Or, il nen est rien. En fait, très rapidement va sinstaller une résistance aux médicaments.
Cliniquement, on peut distinguer trois types de tumeurs :
- celles pour lesquelles on obtient une réponse rapide et complète par la chimiothérapie, et que lon peut guérir ainsi, (leucémies, lymphomes, cancer du testicule),
- celles qui sont, au départ, très sensibles à la chimiothérapie, mais qui progressivement deviennent résistantes ; la récidive aboutit, en général, à des tumeurs peu ou pas chimiosensibles et à la mort du malade (on peut ranger dans ces tumeurs les cancers du sein, de lovaire, du poumon à petites cellules)
- celles qui, demblée, sont peu sensibles à la chimiothérapie, même si quelques réponses sont obtenues de façon plus ou moins anecdotiques (colon, mélanome, poumon, col utérin, ORL).
Mécanismes généraux de résistance
De nombreux mécanismes concourent à cette résistance, certains généraux dautres spécifiques dun type de médicaments.
Expérimentalement, il est possible de rendre résistantes des lignées cellulaires en les incubant avec des doses liminaires dun produit ; les cellules deviennent résistantes aux autres médicaments apparentés, en raison de la communauté de métabolisme ou de cible intracellulaire. Mais, elles restent sensibles à des médicaments dautres classes thérapeutiques.
Cette résistance acquise traduit la plasticité extraordinaire de la cellule normale ou cancéreuse pour résister aux agressions externes. La cellule cancéreuse réagit par des mutations très nombreuses, aboutissant à des cellules résistantes.
Diminution de laccumulation intracellulaire des médicaments
Il sagit dun mécanisme très fréquent de résistance, en rapport avec des défauts de système de transport. Ce mécanisme peut jouer dans le sens plasma - compartiment intracellulaire (exemple, pour le méthotrexate ou pour les moutardes azotées). Un excès defflux peut provoquer aussi une diminution du taux intracellulaire.
Modification du métabolisme des médicaments
De nombreux antimétabolites ne sont actifs que sils sont transformés en analogues des bases nucléiques. Laltération de la conversion par des kinases ou des phosphoribosyl transférases ou une inactivation des analogues par des déaminases diminuent lefficacité des analogues de la guanine ou de la cytosine.
Activation des mécanismes de réparation
Les cellules comportent de multiples mécanismes de réparation du DNA, détaillés notamment à propos des gènes suppresseurs. Ainsi, la résistance au cisplatine semble en rapport avec une réparation accrue des lésions.
Modification de la cible des médicaments anticancéreux
Certains antimitotiques agissent sur les enzymes intracellulaires de la mitose. Des modifications qualitatives ou quantitatives de ces enzymes changent lefficacité thérapeutique : ainsi la dihydrofolate réductase, la thymidylate synthétase ou la topoisomérase II se modifient en réponse à lagression thérapeutique.
Modification de lexpression des gènes
Une mutation peut sopérer sous leffet de lagression chimiothérapique quelle que soit létape de transcription intéressée : mutation, délétion, amplification, altération de la transcription, altération du mRNA, altération des protéines (instabilité génétique des cellules cancéreuses sous leffet de la pression de sélection).
Les résistances multi-drogues
On peut distinguer schématiquement trois types de résistance commune aux anticancéreux (ou MDR pour Multiple Drug Resistance)
MDR dépendante de la glycoproteïne P
Il sagit dun mécanisme général de résistance en rapport avec une diminution de laccumulation intracellulaire des anticancéreux par augmentation de lefflux vers lextérieur. Cet efflux accru dépend dune glycoprotéine P, synthétisée par un gène mdr, acquis ou présent spontanément dans certains tissus. La glycoprotéine P est retrouvée dans des tissus normaux impliqués dans les mécanismes de transport excréteur : tubule rénal, cellules coliques ou intestinales, canalicules biliaires, ainsi qu'au niveau de la barrière vasculo-cérébrale, et des testicules (zones sanctuaires habituelles en chimiothérapie).
La glycoprotéine P est une protéine transmembranaire, comportant 6 domaines transmembranaires, deux sites de fixation dATP (mécanisme énergétique defflux) intracellulaire, et un site de glycosylation extracellulaire. Le médicament est lié directement à la glycoprotéine P.
Classe médicamenteuse |
Médicaments |
Anthracyclines |
Doxorubicine |
Antibiotiques |
Dactinomycine |
Agents sur les microtubules |
Vincristine, |
Epipodophyllotoxines |
Etoposide, |
On détecte la présence du gène mdr et/ou de la glycoprotéine P (ou du mRNA) dans des cellules cancéreuses, issues de malades déjà traités par une drogue mdr dépendante, ou ayant une tumeur intrinsèquement résistante (colon, rein, pancréas, surrénale).
Dautres molécules transmembranaires non encore bien individualisées semblent exister.
MDR en rapport avec les inhibiteurs des topoisomérases
Il sagit dun mécanisme différent de résistance multidrogue, même si certains médicaments peuvent être intéressés par la résistance dépendante de la glycoprotéine P.Classe médicamenteuse |
Médicaments |
Agents non intercalants |
Etoposide, Ténoposide, CPT 11 ?, Topotécan ? |
Agents intercalants |
Dactinomycine |
Cette résistance nest pas associée avec un trouble du transport du médicament, mais plutôt à une diminution ou à une modification structurale de la topoisomérase II, qui altèrent la fixation du médicament à lenzyme. En outre, la topoisomérase II est très réduite dans les cellules au repos, expliquant la faible sensibilité de certaines tumeurs peu évolutives à ces médicaments.
MDR associée aux enzymes de détoxification
De nombreux enzymes existent permettant de détoxifier des produits étrangers ou xénobiotiques, dont lorganisme doit se débarrasser. Parmi les mécanismes impliqués, deux phases paraissent importantes (cf. le chapitre sur la cancérogenèse chimique) : les oxydations en rapport avec le cytochrome P450), et une inactivation et solubilisation par des enzymes intracytoplasmiques en rapport avec le glutathion.
La concentration de glutathion est particulièrement élevée dans les cellules résistantes aux alkylants, à la doxorubicine, au cisplatine, mais le rôle précis de ces oxydations nest pas encore complètement défini.