La sexualité reste encore un sujet peu abordé dans le parcours de soins en cancérologie. Pourtant, les traitements contre le cancer peuvent entraîner des conséquences importantes sur la vie intime, le bien-être émotionnel et la qualité de vie des patients.
Au Centre Baclesse, une nouvelle étude de recherche clinique baptisée SANIMMEX va s’intéresser à une question encore largement méconnue : quel est l’impact de l’immunothérapie sur la santé sexuelle des patients atteints de cancer ?
La santé sexuelle, essentielle à la qualité de vie
Selon l’Organisation mondiale de la Santé, la santé sexuelle ne se limite pas à l’absence de troubles ou de maladies. Elle fait pleinement partie du bien-être physique, psychologique, émotionnel et relationnel. Or, de nombreuses études montrent que le cancer et ses traitements peuvent altérer durablement la vie intime des patients. Fatigue, douleurs, baisse du désir, troubles hormonaux, anxiété, modification de l’image corporelle ou difficultés relationnelles peuvent affecter la sexualité, quel que soit l’âge ou le type de cancer.
Malgré cela, ces difficultés restent souvent peu exprimées. Beaucoup de patients n’osent pas aborder le sujet et attendent que les professionnels de santé prennent l’initiative de la discussion.
Depuis plusieurs années, les immunothérapies — aussi appelées inhibiteurs du checkpoint immunitaire — ont profondément transformé la prise en charge de certains cancers, comme le mélanome, les cancers du poumon, du rein ou encore certains cancers ORL.
Ces traitements ont permis d’améliorer significativement la survie de nombreux patients. Mais leurs effets sur la santé sexuelle restent encore mal connus.
Certaines toxicités liées à l’immunothérapie peuvent pourtant avoir des répercussions hormonales, physiques ou psychologiques susceptibles d’impacter la vie intime. À ce jour, très peu d’études se sont intéressées à cette dimension de manière spécifique.
Une étude pour mieux écouter et accompagner les patients
L’étude SANIMMEX a pour objectif d’évaluer l’évolution de la santé sexuelle de patients traités par immunothérapie exclusive pendant les premiers mois de leur traitement. Concrètement, les patients volontaires seront invités à remplir plusieurs questionnaires portant sur leur santé sexuelle ; leur qualité de vie ; leur bien-être émotionnel ; l’anxiété et la dépression.
Après quatre mois de traitement, une consultation infirmière dédiée à la santé sexuelle sera également proposée. Ce temps d’échange permettra aux patients d’exprimer leurs difficultés, leurs attentes et leurs besoins d’accompagnement. L’étude s’appuie sur une approche globale et humaine du soin, intégrant autant les dimensions physiques que psychologiques et relationnelles.
À travers ce projet, les équipes du Centre Baclesse souhaitent améliorer les connaissances sur les conséquences de l’immunothérapie sur la santé sexuelle des patients.
« Depuis de nombreuses années, la santé sexuelle fait partie de nos réflexions au Centre Baclesse ; avec l’étude SANIMMEX, nous voulons aujourd’hui mieux comprendre l’impact de l’immunothérapie sur la vie intime des patients afin de leur proposer un accompagnement plus global et mieux adapté à leurs besoins », souligne Audrey GOLLE, infirmière DE, spécialisée en santé sexuelle.

Les résultats permettront notamment de mieux informer les patients et leurs proches ; d’identifier plus précocement certaines difficultés ; de proposer des actions de prévention et d’accompagnement adaptées ; d’améliorer la qualité de vie tout au long du parcours de soins.
Cette étude illustre également l’importance croissante des soins oncologiques de support, qui visent à prendre en compte l’ensemble des besoins des patients au-delà du seul traitement du cancer. Le début des inclusions est prévu en 2026, avec l’objectif d’accompagner 72 patients dans le cadre de cette étude pilote innovante.
Un projet de recherche rendu possible grâce aux dons
L’étude SANIMMEX est financée grâce à la générosité des donateurs du Centre Baclesse. Leur soutien permet de développer des projets de recherche innovants centrés sur la qualité de vie des patients et sur des dimensions encore trop peu explorées, comme la santé sexuelle pendant les traitements contre le cancer.